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Télérama - Musique

4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 15:45

Bonne fête aux Véronique ! Sainte Véronique qui fut témoin de cet amour impossible !

Georges Brassens a mis en musique des textes de poètes et parmi eux Victor Hugo.

Vous connaissez tous La légende de la Nonne mais saviez-vous que Georges Brassens a fait "un choix" parmi les strophes de ce long poème de Victor Hugo.

Je vous propose le texte intégral de ce poème et la chanson de Georges Brassens. Pour moi, une de ses plus belles mélodies !

 

 

52.jpg

Venez, vous dont l’œil étincelle, 
Pour entendre une histoire encor, 
Approchez : je vous dirai celle 
De doña Padilla del Flor. 
Elle était d’Alanje, où s’entassent 
Les collines et les halliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Il est des filles à Grenade, 
Il en est à Séville aussi, 
Qui, pour la moindre sérénade, 
À l’amour demandent merci ; 
Il en est que d’abord embrassent, 
Le soir, de hardis cavaliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Ce n’est pas sur ce ton frivole 
Qu’il faut parler de Padilla, 
Car jamais prunelle espagnole 
D’un feu plus chaste ne brilla ; 
Elle fuyait ceux qui pourchassent 
Les filles sous les peupliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Rien ne touchait ce cœur farouche, 
Ni doux soins, ni propos joyeux ; 
Pour un mot d’une belle bouche, 
Pour un signe de deux beaux yeux, 
On sait qu’il n’est rien que ne fassent 
Les seigneurs et les bacheliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Elle prit le voile à Tolède, 
Au grand soupir des gens du lieu, 
Comme si, quand on n’est pas laide, 
On avait droit d’épouser Dieu. 
Peu s’en fallut que ne pleurassent 
Les soudards et les écoliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Mais elle disait : « Loin du monde, 
Vivre et prier pour les méchants ! 
Quel bonheur ! quelle paix profonde 
Dans la prière et dans les chants ! 
Là, si les démons nous menacent, 
Les anges sont nos boucliers ! » 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Or, la belle à peine cloîtrée, 
Amour en son cœur s’installa. 
Un fier brigand de la contrée 
Vint alors et dit : Me voilà ! 
Quelquefois les brigands surpassent 
En audace les chevaliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Il était laid : les traits austères, 
La main plus rude que le gant ; 
Mais l’amour a bien des mystères, 
Et la nonne aima le brigand. 
On voit des biches qui remplacent 
Leurs beaux cerfs par des sangliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Pour franchir la sainte limite, 
Pour approcher du saint couvent, 
Souvent le brigand d’un ermite 
Prenait le cilice et souvent 
La cotte de maille où s’enchâssent 
Les croix noires des Templiers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

La nonne osa, dit la chronique, 
Au brigand par l’enfer conduit, 
Aux pieds de sainte Véronique 
Donner un rendez-vous la nuit, 
À l’heure où les corbeaux croassent, 
Volant dans l’ombre par milliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Padilla voulait, anathème ! 
Oubliant sa vie en un jour, 
Se livrer, dans l’église même, 
Sainte à l’enfer, vierge à l’amour, 
Jusqu’à l’heure pâle où s’effacent 
Les cierges sur les chandeliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Or quand, dans la nef descendue, 
La nonne appela le bandit, 
Au lieu de la voix attendue, 
C’est la foudre qui répondit. 
Dieu voulu que ses coups frappassent 
Les amants par Satan liés. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Aujourd’hui, des fureurs divines 
Le pâtre enflammant ses récits, 
Vous montre au penchant des ravines 
Quelques tronçons de murs noircis, 
Deux clochers que les ans crevassent, 
Dont l’abri tuerait ses béliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Quand la nuit, du cloître gothique 
Brunissant les portails béants, 
Change à l’horizon fantastique 
Les deux clochers en deux géants ; 
À l’heure où les corbeaux croassent, 
Volant dans l’ombre par milliers... 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Une nonne, avec une lampe, 
Sort d’une cellule à minuit ; 
Le long des murs le spectre rampe, 
Un autre fantôme le suit ; 
Des chaînes sur leurs pieds s’amassent, 
De lourds carcans sont leurs colliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

La lampe vient, s’éclipse, brille, 
Sous les arceaux court se cacher, 
Puis tremble derrière une grille, 
Puis scintille au bout d’un clocher ; 
Et ses rayons dans l’ombre tracent 
Des fantômes multipliés. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Les deux spectres qu’un feu dévore, 
Traînant leur suaire en lambeaux, 
Se cherchent pour s’unir encore, 
En trébuchant sur des tombeaux ; 
Leurs pas aveugles s’embarrassent 
Dans les marches des escaliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Mais ce sont des escaliers fées, 
Qui sous eux s’embrouillent toujours ; 
L’un est aux caves étouffées, 
Quand l’autre marche au front des tours ; 
Sous leurs pieds, sans fin se déplacent 
Les étages et les paliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Élevant leurs voix sépulcrales, 
Se cherchant les bras étendus, 
Ils vont... Les magiques spirales 
Mêlent leurs pas toujours perdus ; 
Ils s’épuisent et se harassent 
En détours, sans cesse oubliés. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

La pluie alors, à larges gouttes, 
Bat les vitraux frêles et froids ; 
Le vent siffle aux brèches des voûtes ; 
Une plainte sort des beffrois ; 
On entend des soupirs qui glacent, 
Des rires d’esprits familiers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Une voix faible, une voix haute, 
Disent : « Quand finiront les jours ? 
Ah ! nous souffrons par notre faute ; 
Mais l’éternité, c’est toujours ! 
Là, les mains des heures se lassent 
À retourner les sabliers... » 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

L’enfer, hélas ! ne peut s’éteindre. 
Toutes les nuits, dans ce manoir, 
Se cherchent sans jamais s’atteindre 
Une ombre blanche, un spectre noir, 
Jusqu’à l’heure pâle où s’effacent 
Les cierges sur les chandeliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Si, tremblant à ces bruits étranges, 
Quelque nocturne voyageur, 
En se signant demande aux anges 
Sur qui sévit le Dieu vengeur, 
Des serpents de feu qui s’enlacent 
Tracent deux noms sur les piliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers ! 

Cette histoire de la novice, 
Saint Ildefonse, abbé, voulut 
Qu’afin de préserver du vice 
Les vierges qui font leur salut, 
Les prieures la racontassent 
Dans tous les couvents réguliers. 
- Enfants, voici des bœufs qui passent, 
Cachez vos rouges tabliers !

Avril 1828

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Published by Pierrot - dans Chanson et poésie
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commentaires

Melocoton 05/02/2011 08:33


Hello ;-)

Il était coutumier du fait, ainsi avait-il également procédé avec le très beau poème de Jean Richepin : « Les oiseaux de passage ». Mais là, il avait fait plus fort car économe et respectueux des
mots, il y avait emprunté quelques mots « Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ? » et en avait fait toute une chanson

Bon week-end,

Yves